Viens revivre ici les plus grands exploits qui ont fondé la légende de la NBA: Larry Bird, Michael Jordan, Magic et bien d'autres encore.
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Gatesss a écrit : :arrow: The Mozart of Basket-Ball

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Il est de ces joueurs dont le nom mériterait, à l'instar d'un Jordan ou d'un Magic, de figurer dans la définition même de leur sport. Loin du physique des athlètes américains, il fut l'un des premiers à donner les lettres de noblesse à la fameuse « European Touch » du basket outre-atlantique.

Éblouissant le vieux continent avant de faire figure de maestro jamais reconnu à sa juste valeur au pays de l'Oncle Sam, le croate, symbole d'un pays tout entier, fit face à un parcours semé d'embûches, mais restera à jamais comme un génie ayant modifié les mentalités outre-atlantiques

Avant ce «putain de camion», le Mozart du basket-ball récitait ses gammes à la perfection, composant ainsi quelques-unes des plus belles mélodies de l'histoire de ce sport.

Histoire d'un virtuose.



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Gatesss a écrit : :arrow: Première partie :

« Rođenje Legenda »

En ce jour d'automne 1964, les États-Unis s'apprêtent à suivre une nouvelle saison NBA, seizième du nom. Les Celtics de Boston, champions en titre, sont alors les grands favoris d'une ligue où le terme « mondialisation » est encore étranger, marquée par la suprématie de certains joueurs comme Bill Russel, Oscar Robertson, ou Wilt Chamberlain, dont la légende fut illuminée par les 100 points qu'il a scoré moins de deux ans auparavant.

Au même moment, à plus de 10 000 kilomètre de ces problématiques sportives, la ville portuaire de Sibenik, en Croatie, s'apprête à accueillir un heureux événement : le couple serbo-croate Petrovic vient de donner naissance à un enfant. C'est ici, au bord de l'Adriatique, que naitra le 22 octobre Drazen, leur second fils. Tout semble opposer les deux mondes décrits ci-dessus : Drazen Petrovic sera l'un des tous premiers à gommer l'épaisse frontière qui les divise.

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Drazen vivra la majeure partie de son enfance dans sa ville natale, comme tous ses amis. Parmi eux, une connaissance avec qui il gardera contact toute sa vie, nommé Neven Spahija. Ce dernier avait dores et déjà remarqué la particularité de son ami, sans pouvoir pour autant la définir précisément : « Petit déjà, il ressemblait à tous les enfants du village. Mais nous savions tous qu'il avait vraiment quelque chose de spécial... Avant l'âge du 10 ans, les adolescents plus âgés que nous côtoyions nous donnaient des ordres, parfois même nous battaient. Tous recevaient le même sort. Sauf Drazen. Ils n'ont jamais levé la main sur lui : il était déjà si habile et malin qu'il avait convaincu les 'grands' de ne pas le toucher. Plus encore, ils le protégeaient... ». La grand-mère de Drazen ne tarissait pas d'éloges non plus sur son petit-enfant. « Cet enfant est un cadeau de Dieu ».

Et si la présence permanente de son frère, Aleksandar, n'est pas anodine dans la sur-protection du garçon, l'une des marques de respects de ses ainés sera la passion précoce de Drazen pour le basket-ball. N'hésitant pas à confier la plupart de ses journées à se dépenser sur le terrain délabré de sa ville natale, Drazen et son frère s'apprendront mutuellement leurs techniques, s'échangeant sans cesse conseils et instructions. Pour les deux jeunes l'objectif est clair : devenir professionnel. « Basketball or nothing ».

« Il jouait avec moi et mes amis, alors même que certains avaient bien 10 ans de plus que Drazen », se souvient Aleksandar. « Ils étaient plus grands, plus costauds, et je devais sans cesse raisonner mon petit frère, qui jouait constamment comme si sa vie en dépendait alors même que ses adversaires semblaient pouvoir lui marcher dessus au vu de la différence physique ». Drazen ne joue pas comme les autres. Les matchs amicaux, il ne connait pas. Il n'est qu'un enfant, et la défaite lui paraît plus qu'insupportable. Inconcevable.

Plus les années passent, et plus les deux frères progressent : Aleksandar se jette sur la première opportunité qui lui est proposée et signe sans hésiter au Cibona Zagreb qui le convoitait. Il passera rapidement au rang supérieur, son nom est connu dans le pays tout entier, et Aleksandar Petrovic devient l'un des tous meilleurs basketteurs croates, laissant son petit frère Drazen, s'entrainant seul sur le terrain miteux de Sibenik près de la maison de ses parents. Mais le pré-adolescent a foi en lui, est conscient de ses capacités.. et déjà contacté par plusieurs clubs. Du haut de ses 13 courtes années, il entre concrètement dans le monde du basket-ball en rejoignant l'équipe croate de Sibenka (le club de la ville de Sibenik) pour y faire ses preuves. Avec l'intime conviction de devenir professionnel en rejoignant l'équipe première bien avant sa majorité.

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En partant à Zagreb, Aleksandar (droite) laissa son frère Drazen (gauche) seul à Sibenik. Pas pour longtemps.



Gravir les échelons

Un objectif qu'il compte remplir, quitte à 'gâcher' les joies habituelle de l'insouciance enfantine. Pendant plusieurs années, il s'entrainera ainsi deux à trois fois par jour, présent à chaque practice proposé, ne manquant aucune opportunité. De surcroit, au minimum 500 shoots (réussis) tous les matins, avant le début des cours à 7h, était un rituel, son rituel, immuable. Aux entrainements le soir, son coach le voyait arriver en premier, repartir en dernier. Plus qu'une passion, une véritable addiction. Plus tard, il déclarera : « à Sibenik, jamais personne ne m'a forcé à travailler aussi dur. Pour moi, c'était parfaitement normal. Si pour n'importe quelle raison, je n'allais pas à l'entrainement, j'en devenais malade. Manquer un entrainement tenait du péché mortel ».

Dans la ligue junior où évolue l'équipe de jeunes de Sibenka, Drazen exposait et développait son indéniable talent, fruit d'un travail incroyable. Face à des adolescents de deux ou trois ans de plus que lui, les interminables entrainements se concrétisèrent par une étonnante domination. Son frère Aleksandar témoigne encore aujourd'hui : « plus que les statistiques inhumaines qu'affichaient mon frère – 50, 60 points de moyenne – c'est l'incroyable leadership qu'il dégageait qui nous étonnait tous. Il était le plus jeune de l'équipe et ses coéquipiers l'écoutaient pourtant comme s'il était leur coach. On avait tout simplement envie de lui faire confiance ».

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Le jeu de Drazen est lui aussi atypique. Loin d'un basket classique et cantonné à des fondamentaux sans artifice, le jeune croate s'amuse. Il prend du bon temps sur un terrain de basket. Il a la parole facile, a « mauvais caractère » selon bon nombre de ses coéquipiers et n'hésite pas à chambrer à tout va. Les shoots à plus de 8 mètres ne lui posent aucun souci. Son objectif n'est pas seulement de gagner, ni même de dominer son défenseur direct, mais de tout simplement le décourager. Dribbles entre les jambes à visée uniquement déstabilisatrice, feintes ridicules, paniers dans des positions impossibles.. Le bonhomme se sait au-dessus et en profite sans s'en contenter. La suffisance, il ne connait pas.

Un soir, Drazen Petrovic décide de prendre un peu plus ses responsabilités. Et commence à scorer.
Beaucoup scorer.
Dans ce match de championnat junior, il enfilera 112 points. 40/60 aux shoots (dont 10 trois points). 22/22 aux lancers. Le staff du club se résigne à continuer à faire jouer Drazen a un niveau qui n'est pas le sien. L'adolescent en veut davantage, en mérite davantage.

A 15 ans, il rejoint l'équipe première qui évolue dans le championnat national.
Drazen Petrovic devient le plus jeune basketteur professionnel du pays.

Pour certains jeunes, passer de l'équipe junior à l'effectif professionnel est un aboutissement, le signe d'une carrière réussie et accomplie. Pour Drazen Petrovic, ce n'est qu'un palier intermédiaire qu'il faut franchir à tout prix. Du haut de ses 15 années, il côtoie à présent non plus des amis de 2 ou 3 ans de plus, mais des coéquipiers parfois d'une quinzaine d'années supplémentaires. Face à eux, Drazen n'était jamais intimidé. Leur Q.I basket n'était en rien supérieur à celui du joueur qui aurait pu être leur enfant. Leur expérience ne suffisait pas pour faire la différence avec l'adolescent. Coach Slavnic, le mentor de Drazen Petrovic à l'époque, « a eu un courage exemplaire pour l'accepter dans l'équipe première », a toujours soutenu Aleksandar Petrovic. « Être un tel leader à 16 ans, c'est difficilement concevable. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, coach Slavnic n'a jamais fait travailler Drazen pour le mener à ces qualités de leaders. Il les a acquis naturellement ».

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Première confrontation entre les 2 professionnels que sont Aleksandar (gauche) et Drazen Petrovic (droite). Si le KK Sibenka s'inclinera face au grand club de Zagreb, Aleksandar se fait balader par son frère, qui rentrera 38 points.





Et Petrovic devint Mozart

Cette facette de leader du jeune garçon ne fut pleinement dévoilée « qu'en » 1982. Alors tout juste majeur, il emmène son club du Sibenka vers la finale de la coupe Korac, qu'il perdra face à Limoges. Mais Drazen a fait ses preuves, acheminant ses coéquipiers dans un parcours européen exemplaire. De nombreux spécialistes remarquent ce tout jeune croate, orné d'une étrange coupe afro, réalisant des merveilles au sein du relativement modeste club du KK Sibenka, transformant un club comme tant d'autres en Europe en l'une des toutes meilleures franchises du vieux continent.

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Le grand public aussi découvre le nouveau génie. 18 printemps, et le phénomène récite ses gammes comme si le basket lui était inné. Les médias se penchent sur celui qui fait tant parler, et on se rend rapidement compte que sa précocité n'est pas sans rappelé un certain Wolfgang Amadeus. Son surnom est tout trouvé. Plus les jours passent, et plus Petrovic n'est plus que connu sous l'appellation de « Mozart du basketball », un surnom évoqué pour la première fois par un journaliste italien, subjugué par l'adresse et le mental d'un si jeune joueur. Un qualificatif lourd à porter, qu'il va falloir chaque soir légitimer. « A ce moment, je ne considérais rien pour acquis », assura alors Drazen. « Je savais que les challenges les plus difficilement surmontables étaient encore devant moi ».

Ce beau parcours lui permet d'acquérir une certaine notoriété, mais le jeune croate n'est pas rassasié. Le succès du parcours en coupe Korac ne fera qu'accroitre sa motivation et son attirance au travail et à l'entrainement. Certains coéquipiers l'ont concédé, il n'était pas rare de voir Drazen passer des journées entières (parfois près de huit heures) à la salle, travailler son shoot, son physique, son dribble, ses passes, les fondamentaux. Jusqu'à la perfection.

Il le sait, et le répétera à maintes reprises, ses qualités de basketteur ne sont dues qu'à une seule chose : il a réalisé plus tôt que les autres que le travail paie. Lui, plus que n'importe lequel des adolescents de son âge, avait pris conscience que c'était sa carrière même qui se jouait chaque soir, à chaque entrainement, à chaque match. C'est cette prise de conscience précoce qui, selon l'intéressé même, le rendait si unique.

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« Le travail, c'est quelque chose de bien plus fort que moi. Je suis plus heureux quand je travaille ; inactif, je me sens inutile et misérable... C'est difficile de décrire ce ressenti, mais je l'éprouve chaque jour, dès que je me retrouve seul, ma balle et un panier ».

La saison 1982-1983 ne fut pas seulement celle de la confirmation. Comme il l'espérait, Drazen Petrovic et son club du KK Sibenka montèrent encore en puissance : ils atteignent même la finale du championnat yougoslave. Une consécration pour le club croate, et une preuve de plus des qualités de leaders d'un Drazen Petrovic, pierre angulaire d'un effectif semblant porter son unique nom.

En finale, il fait face au KK Bosna, club bosnien d'une grande renommée, vainqueur de l'Euroligue en 1979 et déjà multiple champion de Yougoslavie. Dans une ambiance étouffante, Petrovic est dans un grand soir et permet aux siens de garder la tête haute. Plus encore. Son club perd d'un point lorsque Petrovic tente un shoot désespéré au buzzer. Son tir ne fait pas mouche.
Mais dans la confusion la plus totale, alors que certains joueurs du KK Bosna fêtent déjà le titre, Petrovic clame qu'on a accroché son bras sur le shoot final : les arbitres lui offrent 2 lancers franc décisifs.
Il rentre le premier. Egalité.
Il tire le deuxième.. et le réussit.
Un club, une ville, un pays tout entier est en liesse. Banal deux ans auparavant, le club du KK Sibenka, depuis l'arrivée d'un virtuose de 18 ans, est champion de Yougoslavie.

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Mais après avoir enfilé la médaille autour du cou, soulevé la coupe, et fêté le titre, Drazen Petrovic et ses coéquipiers se raviseront le lendemain même. La décision arbitrale ayant entrainé les lancers francs de Petrovic est jugée injuste par le Président de la Fédération, qui décide d'annuler le résultat, et de faire rejouer la finale sur terrain neutre. Le club de Sibenik refuse, et la Fédération Yougoslave n'hésite pas une seconde : elle offre sur un plateau d'argent bien terne le titre de champion au KK Bosna.

Cette décision injuste n'altèrera en rien la réputation d'un Amadeus Petrovic aussi mystérieux que talentueux. D'un surprenant joueur à suivre, le jeune croate devient l'un des baketteurs les plus dominants d'Europe. La même saison, et quelque jours après le « vol » du titre de champion de Yougoslavie, Petrovic emmène à nouveau les siens en finale de la coupe Korac, mais fatalement, le même scénario se reproduit et le club de Sibenik s'incline face au CSP Limoges sur un score quasi-identique à celui de l'année passée. Comme 12 mois auparavant, un joueur sort toutefois du lot. Cela ne peut plus être une coïncidence : ce Drazen Petrovic est fait pour devenir un grand joueur.

De bouche à oreille, de médias en médias, le nom de Drazen Petrovic revient de plus en plus. Les grands clubs européens s'y intéressent. On raconte même que certaines universités américaines feraient tout pour acquérir celui qu'on assimile à un shooteur hors pair, au mental infaillible et au potentiel sans cesse grandissant... Devenant le joueur le plus désiré du continent, Drazen se résigne et concède que sa ville natale de Sibenik est devenu un cadre inadapté à ses qualités et à son ambition. Il est temps pour lui de monter une marche supplémentaire.


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« J'ai entendu dire qu'un premier amour, quoi qu'il arrive, reste indéfiniment gravé en nous. Je ne sais pas si cet adage est vrai, mais il correspond avec ce que j'ai toujours ressenti pour Sibenik. Tout à commencé dans cette ville dans ce club, et même si j'ai toujours essayé de mettre de côté mes émotions pour me concentrer sur le jeu, jamais je ne pourrai oublier ces jours passés ici. Voir mon frère Aleksandar s'entrainer, le voir devenir professionnel.. mon premier entrainement, ces heures passées sur le terrain de basket... Sibenka m'a montré la voie à suivre pour avoir une grande carrière. J'espère que les gens de Sibenik vont comprendre que si je voulais devenir ce que j'ai toujours rêvé d'être, je me devais de m'en aller. Je me devais de fermer cette porte pour en ouvrir une autre. Mais Sibenik restera à jamais dans mon cœur ».



Cibona Story

Après s'être très relativement éloigné des préoccupations sportives pour remplir ses obligations militaires, Drazen Petrovic doit faire un choix et décider parmi les innombrables propositions qui lui ont été faites pendant son absence des parquets des grands clubs européens. Le club de Sibenka met la pression sur son poulain pour le conserver, les franchises européennes les plus renommées viennent le rencontrer, et même le célèbre coach « Digger » Phelps fit le voyage depuis les États-Unis en 1984 pour le convaincre de rejoindre son université, à Notre Dame. La tentation est grande de tenter l'aventure américaine, mais Petrovic a fait son choix, depuis le jour où il s'est promis de quitter Sibenik. Il rejoint ainsi le club qui a attiré son frère plus de cinq ans plus tôt, qui en a fait un grand joueur et avec lequel Aleksandar a gagné le championnat national. C'est décidé. Drazen Petrovic poursuivra sa carrière de virtuose précoce dans la capitale croate, aux côtés de celui avec qui il a commencé le basket, Aleksandar, au Cibona Zagreb.

Pour reprendre les mots du Président du Cibona à l'arrivée du génie, « Drazen est un jeune joueur de qualité ; à nous d'en faire la plus grande force de frappe européenne ». Quant à Aleksandar, il affirmera toujours que la nouvelle de l'arrivée de Drazen à Zagreb, fut l'un des plus beaux moments de sa vie, l'occasion pour les deux frères de former un des plus prolifiques duos du vieux continent. Une arrivée d'autant plus décisive pour le club que ce dernier s'est qualifié pour l'Euroligue, une compétition que la franchise et sa nouvelle star comptent bien marquer de leur empreinte.

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Après avoir été frères, puis adversaires, Aleksandar et Drazen deviennent coéquipiers. Le duo Petrovic n'a pas fini de faire parler de lui.

Avant ses premiers pas dans son nouveau club, Drazen enfilera l'habit national pour défendre ses couleurs. A Los Angeles, aux Jeux Olympiques de 1984, il représente dores et déjà la pièce maitresse de l'effectif national. S'ils ne rencontreront pas les Etats-Unis de Jordan et Ewing, les yougoslaves n'atteindront pas la finale et s'affranchiront d'une médaille de bronze.

De retour en Croatie, le destin de Petrovic viendra écrire une page étonnante de sa carrière... pour son tout premier match sous les nouvelles couleurs du Cibona Zagreb, Drazen et son jeune frère, lui aussi médaillé, rencontreront... le KK Sibenka. Là bas, à Sibenik, là où tout a commencé. A son arrivée dans sa ville natale, Drazen est accueilli en héros par ses « anciens » supporters. Drazen promet de ne pas les décevoir.
Au sortir du match, il retournera dans les vestiaires, un petit sourire en coin.
Face à son ancien club, devant ses fans qui scandaient « Drazen, souviens toi de ton équipe, ne nous fait pas ça ! » - paroles auxquelles Drazen n'a guère prêté attention -, le jeune homme de 20 ans vient de scorer 56 points. Au premier journaliste qui l'aborda, il déclara « Les souvenirs restent des souvenirs, j'ai aimé ce club et je l'aime toujours, mais sur le terrain ce ne sont que de simples adversaires. Si je devais rentrer 56 points à nouveau, demain, contre cette même équipe, je le ferai ».

Il ne faudra que quelques matchs au duo Petrovic pour démontrer qu'à eux deux, ils forment aisément le duo d'arrières le plus talentueux du pays. « Mes 4 années avec Drazen étaient sans aucun doute les meilleures de ma carrière. Et les plus faciles, aussi. Il rendait tout plus simple », soutient aujourd'hui encore Aleksandar.

Car Drazen passera en effet quatre années sous les couleurs de la capitale croate. Pendant cette période, sous son impulsion, il gagnera tout ce qu'un club Européen est en mesure de rafler. Champions d'Europes à 2 reprises, Champions de la Coupe d'Europe, Champions de Croatie, Champions de la coupe de Croatie... à cet incroyable palmarès se rajoute un nombre incroyable de Finales lors desquelles Petrovic et les siens échoueront à maintes reprises.

Mais au delà des finales, des succès, des trophées, et des performances, c'est la transformation radicale du club de Zagreb durant ces 4 « années Petrovic » dont se souviendront les fans et les joueurs. Durant cette période où le jeune croate réussissait encore à monter en puissance, il a su donner une identité exceptionnellement charismatique à un club qui ne pouvait s'imaginer un tel succès à l'arrivée du prodige. Et si les Lakers de Magic étaient les rois du basket spectaculaire outre-atlantique, les princes du Showtime européens étaient les joueurs du Cibona, avec pour parfait représentant Drazen Petrovic. « Chacune de ses actions était une véritable œuvre d'art », affirme son frère. « Chacun de ses gestes semblait calculé pour qu'il soit efficace, gracieux et spectaculaire. A y réfléchir, c'était peut-être sa plus grande qualité. Il savait apporter ce petit plus qui transformait ses actions en petits bijoux. Même lors des matchs sans importance, où la motivation est parfois absente, Drazen donnait tout ce qu'il était en mesure de donner pour faire gagner son équipe, et faire plaisir à ses fans ».

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Encore une fois, pour Drazen, il n'y avait rien d'étonnant à cela. « Vous savez, c'est un job où le privilège d'être dans un mauvais jour n'existe pas. Je me sentais naturellement et obligatoirement dévoué à mes fans. Ils m'aimaient, je me devais de leur rendre la pareille. C'est aussi pour cela que je n'ai jamais pris un seul match, aussi insignifiant soit-il, à la légère. Tous mes matchs, je les jouait pour mes fans, moi et mon club ».

En fait, ce qui différenciait Drazen Petrovic des autres coéquipiers depuis ses premiers pas sur un terrain de basket, c'est la confiance qu'il dégageait. Le coach, les joueurs, les fans, affirmaient tous qu'il semblait tout simplement ne rien pouvoir leur arriver lorsque Drazen était avec eux. Dans le même ordre d'idée, la simple évocation d'un Drazen Petrovic parmi vos adversaires était le signe d'une dure soirée en perspective. Parmi les matchs démontrant ce postulat, beaucoup se souviennent notamment d'une confrontation face au Partizan Belgrade..

C'était en 1985 : le Cibona Zagreb vient alors de rafler une incroyable victoire en Euroligue. C'est le premier grand, véritable trophée pour Petrovic, qui a dégouté à lui tout seul le grand Real Madrid, en scorant 36 points, dont 26 en deuxième mi-temps. Pendant plusieurs jours et nuits entières, les joueurs fêteront ce succès, et la rapidité avec lesquels les engagements de début de saison ont été tenus. Mais à trop en profiter, l'effectif en a négligé l'entrainement : ils affrontent quelques jours plus tard le Partizan Belgrade dans un état assez pitoyable, sans s'être entrainés sérieusement depuis près d'une semaine, tous plus fatigués les uns que les autres. Petrovic décide pourtant de donner le ton.

Suivant son exemple, ses coéquipiers réaliseront l'un des débuts de matchs les plus étonnants de l'histoire du basket : en 20 minutes, les joueurs du Cibona rentreront 72 points, et ne manqueront leur premier shoot à 3 points qu'après plus de 18 minutes de jeu. « Rien ne pouvait nous arriver ce jour là », confirma Drazen lui-même, qui gagna la même année le championnat national face à l'Étoile Rouge de Belgrade, et la coupe de Yougoslavie face au Yugosplatika.

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Avec le talent, le succès.. et la célébrité.

Durant ces quatre longues années, Drazen Petrovic ne cessera d'asseoir sa domination sur le basket européen, éblouissant certaines compétitions, réalisant – en plus de sa moyenne de 37,7 points lors de sa période à Zagreb – de nombreux matchs restant dans les annales du sport.

Véritable bourreau du Real Madrid, Petrovic fit la différence lors de la finale de l'Euroligue 1985 avec 36 points ; face à cette même équipe espagnole, il rentrera 44 points (dont 29 en seconde mi-temps) l'année suivante, puis 49 points et 20 passes décisives lors d'une autre confrontation contre Madrid en 1988.
Contre le club italien de Simac, il compilera 47 points et 25 passes décisives lors d'un come-back mémorable. A la fin du match, le coach de Simac ne put que se résigner. « Cibona comporte des bons joueurs, mais ce Drazen Petrovic sait absolument tout faire ».
En décembre 1986, tournoi de Noël à Paris, l'équipe de France d'Hervé Dubuisson affronte la Yougoslavie de Drazen Petrovic. Les deux joueurs livreront un match épique. 33 pour le meilleur shooteur français de l'Histoire, 38 pour Amadeus. En image, çela donne ça (clic).

Mais parmi tous ces matchs d'anthologie, s'il y a bien un exploit dont les fans de Zagreb se souviendront à jamais, c'est son match face au CSP Limoges du 23 janvier 1986. Petrovic, accompagné de tout son palmarès rapidement énuméré précédemment, n'a que 22 ans lorsqu'il vient prendre sa revanche face au club qui l'a défait deux fois en finale de la coupe Korac. Le match commence pourtant mal : après 13 minutes de jeu, Limoges mène déjà de 16 points, 43-27. L'équipe française déroulait, faisant preuve d'une adresse insolente. Drazen décida alors de prendre les choses en main. Il se résout tout d'abord à rendre fou son défenseur direct, Greg Beugnot, qui avait pour mission de jouer au pot-de-colle avec le croate. Légitimant sa réputation de provocateur, Drazen se jette à terre après un contact avec le futur coach français. Les arbitres n'hésitent pas et expulsent Beugnot. Libéré, Petrovic peut commencer son numéro : il score soudainement sept tirs primés à la suite (!), permettant aux siens de passer devant à la mi-temps, avant de terminer avec 51 points, 10 tirs longue distance, 10 passes, pour une incroyable victoire 116-106. Un des coéquipiers de Petrovic lors de ce match, Franjo Arapovic, se souvient : « Je n'ai jamais vu un joueur autant ridiculiser une équipe à lui tout seul. Sur la fin de match, la défense de Limoges montait sur Drazen à plus de 10 mètres du panier, car ils savaient qu'il était capable de rentrer ses shoots à une telle distance. Et puis, avec 2 joueurs sur lui, il a pris ce shoot, 3 bons mètres derrière la ligne... quand il est rentré, j'ai vu les 15 000 supporters devenir littéralement devenus fous. Incroyable ».

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Drazen Petrovic, Star parmi les stars, à seulement 21 ans.

Malheureusement, les deux dernières années de Petrovic en Croatie seront un brin moins sources de succès, puisqu'à part la victoire en Coupe des Coupes, le Cibona s'incline en finale du championnat yougoslave en 1987, est défait en finale de la coupe Korac en 1988, et ne participera même pas à l'Euroligue ces 2 années, alors même qu'ils en étaient les champions en titre (1985 & 1986).

En équipe nationale, après la médaille de bronze aux JO 1984, la Yougoslavie et les gamins que sont alors Vlade Divac (ami très proche de Drazen) et Toni Kukoc se font bêtement remonter par l'Espagne lors d'une demi-finale des Championnats du Monde 1986 qui semblait gagnée d'avance : Petrovic devra se contenter à nouveau de la plus mauvaise place sur le podium. A 1988 à Séoul, il est encore sur le point d'emmener les siens vers le plus beau des succès, mais un géant lituanien nommé Sabonis l'en empêchera, le reléguant à une médaille d'argent : le technique pivot de 2,20m et Petrovic entretiendront depuis cette finale des relations tendues...

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Sous son maillot national, lors de ses années en Croatie, Petrovic (n°4) et ses coéquipiers, tel que Toni Kukoc (n°7) iront toujours loin dans les compétitions internationales. Malheureusement, sans jamais toucher les sommets

Si Cibona a permis à Petrovic de tout gagner, Drazen aura beaucoup apporté au club en retour. Certes, des statistiques à en faire pâlir les plus grands et un bénéfice autant sportif que financier sans égal dans le pays. Mais le virtuose aura également apporté une éthique de travail exceptionnelle à Zagreb, des exercices et habitudes personnelles qui deviendront vite coutume pour être aujourd'hui des véritables standards dans toute l'Europe. Actuellement, la plupart des entrainements donnés à Zagreb et en Croatie sont généralement, aussi incroyable que cela puisse paraître, majoritairement inspirés par les habitudes de Drazen Petrovic : ainsi, dans les centres de formations croates, les entrainements (très) matinaux pour les jeunes sont par exemple devenus monnaie courante alors qu'ils n'étaient même pas envisageables auparavant.

Admiratif, un journaliste du journal local de Zagreb ne pouvait que rester béat devant tant de qualités. « Lors de la dernière année de Drazen dans la capitale, Cibona a perdu le championnat national. J'ai organisé une interview avec lui devant la salle. Il est venu à l'heure, est sorti de sa voiture... avec une balle en main. Je l'ai regardé, quelque peu surpris... et il m'a alors répondu : ''Eh, j'ai perdu, mais je vais pas m'arrêter de vivre quand même. La balle? Je l'ai toujours près de moi. Chaque jour, je sais qu'il y aura un moment où j'aurai envie de shooter, je suis prévoyant. Combien j'en shoote? Ça dépend. Parfois 500. Parfois plus. Et là, après l'interview, j'ai entrainement. On a perdu, mais détrompes toi, ça n'est pas ça qui me découragera. Je compte bien continuer à progresser. A Zagreb ou ailleurs''... ».

Pour la première fois, un départ de la Croatie est évoqué. Des rumeurs qui seront rapidement confirmées. Après les avoir humilié maintes fois, Drazen accepte l'offre d'un club espagnol qu'il a lui-même privé d'innombrables titres. « A l'époque, Drazen était véritablement tombé amoureux de Zagreb », a récemment affirmé Aleksandar Petrovic. « Souvent, il avait évoqué un retour au Cibona. Il comptait passer les 2 dernières années de sa carrière là bas. Pour tous les bons moments qu'il y a passé. Après 4 ans, il s'est rendu compte que dans son intérêt, certaines belles histoires n'étaient pas faite pour durer. Drazen devait s'en aller. L'offre du Real Madrid était trop belle».

Drazen gravit les paliers à une vitesse déstabilisante.
Le cadre de sa ville natale lui était inadapté.
Il s'en est allé à Zagreb.
L'atmosphère du championnat national ne le rassasiait plus.
Il s'en va vers des sommets encore plus hauts.
L'étape suivante ?
Elle semble évidente.


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Gatesss a écrit : :arrow: Seconde partie :

La transition madrilène

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« Je ne sais pas... je ne suis pas vraiment sûr. La NBA se présente comme un challenge énorme, mais très dangereux. Ici, en Europe, je suis une star. Là bas, qui sait... Non, ce n'est pas un manque de confiance, j'ai toujours su ce dont je suis capable. Mais aurai-je la chance de prouver ce que je sais faire, en NBA ? En fait, je crois que j'ai toujours le temps. Pour l'instant, je resterai en Europe ».

Les Blazers de Portland ont beau eu le drafter au troisième tour de la draft 1986, en soixantième position, Drazen Petrovic ne se laisse pas encore prématurément tenter par l'aventure américaine, et signe en 1988 l'incroyable contrat de près de 4 millions de $ avec le club du Real Madrid. Une équipe taillée pour les ambitions de Drazen Petrovic : renommée, aimée et maintes fois victorieuse, elle peut enfin se vanter de compter parmi ses joueurs le bijou croate, celui-là même qui les a privé de tant de succès.

Drazen Petrovic est devenu le joueur qu'il a toujours rêvé d'être : le meilleur, dans la meilleure équipe. Mais outre-passant ces considérations, il sait qu'il ira plus loin encore. Il aperçoit la NBA, qui lui tend les bras. Pour s'y jeter, il lui faudra définitivement effacer toutes les potentielles craintes pouvant encore être éprouvés à son égard. Il ne lui faudra pas longtemps pour remplir son objectif.

Certes, il y aura cette énorme déception suite à la défaite en finale de la Liga ACB face au rival de toujours, le FC Barcelone, mais Drazen Petrovic aurait difficilement pu faire mieux. Après une saison exceptionnelle et lors d'une série finale en 5 matchs, il explosera le record du nombre de tirs à trois points réussis au match 2 avec huit missiles, et battra le record du nombre de points marqués lors d'un match de Finale, avec 44 unités lors du match 4. La désillusion est à la hauteur de la revanche de Madrid : face aux mêmes catalans, Drazen Petrovic emmènera les siens vers une victoire en coupe d'Espagne.

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Mais si la saison 1988-1989 de Drazen au Real fut bien marquée par une compétition, c'est bien la Coupe des Coupes (devenue par la suite Coupe Saporta, avant de fusionner avec le Coupe Korac pour prendre le nom de « Coupe ULEB » puis « EuroCoupe »). Dans cette compétition où les meilleurs clubs européens s'affrontent, le croate suivra un parcours particulièrement incroyable.

En demi-finale, avec ses coéquipiers madrilènes, il s'envole en Europe de l'Est pour affronter un club qu'il connait plutôt bien : le Cibona Zagreb. A son arrivée dans la capitale, l'ovation réalisée par les fans du Cibona à l'attention de leur ex-star est indescriptible. Sur des pancartes, on peut lire « Drazen, tu étais et seras toujours un joueur du Cibona » ou encore « Dans nos mémoires, à jamais ». Présent dans l'effectif de Zagreb, son frère Aleksandar n'oubliera jamais ce moment. « Dans le money time, les deux équipes se retrouvèrent à égalité. L'écart ne voulait pas bouger, jusqu'à ce que Drazen Petrovic obtienne deux lancers-francs décisifs : à l'instar de la salle toute entière, je hurlais, en tenue sur le parquet : vers mon frère : ''s'il te plait Drazen, manques-les, ça ne changera rien, vous vous imposerez à Madrid!''. Mais Drazen n'a très certainement jamais prêté attention à ces hurlements. Avec un large sourire, il rentra les 2 lancers francs et emmena les siens en Finale au milieu d'une foule incrédule ».

La finale, à Athènes, restera longtemps dans les annales du basket européen. Dans la capitale grecque, le Real Madrid de Petrovic fait face à la Juventus Caserta du brésilien Oscar Schmidt, le meilleur marqueur de l'histoire du basket. Au terme d'un match épique à plus de 230 points, les deux joueurs se livreront un duel exceptionnel. Schmidt est, à son habitude, dans un grand soir : il score 44 points et domine les débats. Celui qui les dirige s'appelle Drazen Petrovic. 62 points à 20/28 aux tirs dont 8/12 longue distance, des paniers importantissimes pour arracher la prolongation, puis offrir le titre final à son équipe. Aujourd'hui encore, ce match est considéré comme l'un des plus beaux de l'histoire du basket européen, et vient confirmer un postulat qui semblait dores et déjà évident : l'Europe est trop petite pour Drazen Petrovic.

Ce même été 1989, accompagné notamment de Vlade Divac, Drazen Petrovic et la Yougoslavie deviennent champions d'Europe face à la Grèce. Chez lui, à Zagreb, il inscrira 35 points en Finale. Ça n'est plus un grand joueur qu'on adore, mais un véritable Dieu local qu'on vénère. Plus tôt dans la compétition, face à la France, Petrovic débute le match en survêtement, sur le banc. « Il a mal au dos », explique le sélectionneur Dusan Ivkovic. Mais la Yougoslavie est à la traine à la mi-temps, et les Bleus mènent : Drazen Petrovic enfile son maillot et entre sur le terrain. Il score 30 points en seconde mi-temps, et la Yougoslavie s'impose.

Fort du titre de meilleur joueur de la compétition, Amadeus s'apprête à quitter le vieux continent. Plus aucun club européen ne semble à sa mesure. Les Blazers mettent une pression folle sur le croate pour qu'il les rejoigne. Ce dernier sait que sa première saison à Madrid sera sa dernière.
Sa décision sera soudaine.
A 25 ans, pour la première fois de sa carrière, Drazen Petrovic quitte un club sans lui dire au revoir.

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« Ne croyez surtout pas que c'est pour l'argent.. Ce n'est pas l'argent. C'est le challenge ».




The NBA Challenge

La prise de conscience fut progressive, mais au moment même où Petrovic a réalisé qu'il ne pouvait faire autrement que de rejoindre les États-Unis, il fut impossible de changer cette prise de position. Du jour au lendemain, il fit ses bagages et s'envola pour l'Oregon. Où il était attendu.

Si Petrovic n'est pas le premier européen à tenter le pari américain (Detlef Schrempf est à ce moment déjà un habitué du concours à 3 points du All Star Weekend), il est l'élément principal de la première grande vague « d'européanisation » de la grande ligue. En effet, ce même été 1989, Mozart est accompagné de Vlade Divac, Aleksander Volkov ou encore Sarunas Marciulionis. La révolution est en marche : Drazen Petrovic est prêt à en prendre la tête.

« Pourquoi j'ai quitté Madrid ? Parce que l'Europe ne pouvait pas – ou plus – m'offrir ce dont j'avais besoin. Tous les matchs semblaient être les mêmes et j'avais déjà tout gagné. Même un grand titre européen ne pouvait pas me satisfaire. Les gens diraient ''et alors, tu l'as déjà eu deux fois...''. La NBA, c'est un challenge à côté duquel je ne voulais plus passer. Je sais pas trop à quoi m'attendre à Portland... si ce n'est que j'espère avoir un certain temps de jeu ».

Mais les débuts du magicien Petrovic en NBA sont extrêmement décevants. Non pas qu'il ait perdu son basket, mais justement, confirmant ses craintes, le staff de Portland ne fait pas – ou n'ose pas – faire confiance à cet européen dont on dit monts et merveilles. La période Blazers sera même une période sombre de la vie de Drazen. Alors même qu'il tente de s'acclimater à une nouveau championnat qu'il découvre, il fait face à la froideur de son coach, Rick Adelman, qui refuse de croire en lui et en ses capacités. Pourtant, le croate ne doute pas une seule seconde de ses capacités : « en NBA, les joueurs sont bons, mais ce ne sont pas des sur-hommes. Donnez moi 30 minutes de jeu par match, et aucune équipe ne pourra m'empêcher de scorer 20 points ».

Mais plus qu'une déception parmi d'autres, ces premiers matchs NBA représentèrent un véritable choc pour le croate, qui n'avait jamais eu à faire face à une telle situation en Europe. Petrovic commence les matchs sur le banc. Voit ses coéquipiers se lever l'un après l'autre, mais n'entend jamais son nom être appelé. « Le plus incroyable, c'est que coach Adelman ne s'est jamais plaint de mon travail. Il ne m'a presque jamais critiqué. Mais il ne m'expliquait pas pourquoi il ne me faisait pas jouer. Tout ce que je souhaitais, c'est qu'il soit conscient de mes qualités. Je crois qu'il ne voulait pas l'être ». Souvent au téléphone avec son ami rookie Vlade Divac, Drazen tente de trouver un peu de réconfort, mais rien ne peut compenser le vide sportif qui caractérise son arrivée en NBA.

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Drazen ne demandait qu'à mouiller ce maillot. Il n'en aura pas l'opportunité.

Au terme de sa saison rookie, Drazen moyenne 7,6 points, scorés pour la plupart du temps dans cette période si peu représentative du niveau d'un joueur qu'est le garbage time. Il n'est pas rare de voir le croate enfiler une dizaine de points en moins de 5 minutes en toute fin de match. Mais Rick Adelman persista tout le long de la saison 1989-1990, et n'accorda aucun rôle majeur à son rookie. « Les 18 mois qu'il passa à Portland furent un véritable enfer pour Drazen », soutient son frère Aleksandar. « Je pense qu'il y a toutefois beaucoup gagné en maturité. Se sentant pour la première fois peu utile, il n'a jamais été le même homme sur un plan psychologique, devenant plus fort jour après jour ».

Le pire, pour le #44 de l'Oregon, fut d'entendre qu'Adelman l'ait voulu pour la seule et unique raison de faire travailler encore davantage des joueurs comme Clyde Drexler et Terry Porter... Porter, souvent malade ou blessé durant la saison rookie de Petrovic, n'a quasiment manqué aucun match. « Il pouvait à peine tenir debout sur ses jambes, et jouait dans le cinq majeur soir après soir. Lui non plus ne voulait pas qu'Adelman ne m'offre la moindre chance », concéda Petrovic lui-même. En Finales NBA, sa frustration devient insupportable. Lors des 3 confrontations jouées à domicile, il ne se lèvera même pas de son banc de touche.

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Les apparences sont trompeuses : Rodman n'aura pas à forcer ses qualités défensives pour tenir Petrovic, lors de Finales auxquelles le croate ne participera presque pas.

Finalement, un seul joueur a osé croire en lui, et pas des moindres : le meilleur joueur de l'effectif de l'époque, Clyde Drexler, qui a toujours soutenu son coéquipier le temps d'un an. Affirmant à maintes reprises à quel point ce joueur lui ferait peur en tant qu'adversaire, il remarqua, impuissant, la frustration d'un joueur indéfiniment assis sur un banc où il n'a pas sa place. Le début de la saison 1990-1991 est pire encore : Petrovic enchaine les matchs en tenue de ville dans les tribunes, et ne cherche qu'une chose : s'en aller le plus vite possible. En 1990 pourtant, la sélection Yougoslave et son génie Petrovic confirmeront leur suprématie, devenant champions du monde, surpassant les américains en demie pour étriller l'URSS en finale.

Les déclarations de Drazen se font de plus en plus radicales. « Je ne pourrai jamais changer l'opinion d'Adelman, qu'est ce que vous voulez que j'y fasse... Comment je me sens? Génial! Je passe mes soirées assis sur une chaise, sans que personne ne me demande rien. Je score quelques points à la fin de quelques matchs... Mais je suis le joueur le mieux payé de la NBA! Je gagne 5 millions de $ et je joue 5 minutes par matchs. Quand Adelman a envie de me faire jouer. Et quand nous menons au score ».

Mais en ce début d'année 1991, l'heure n'est plus à l'ironie. Plus d'une année est passée, et les choses ne bougent pas, empirent même. Pour cet insatiable amoureux du basket, c'est tout simplement invivable. Il sait que certains clubs le convoitent : en plein milieu de sa saison sophomore, le transfert qu'il attendait tant se concrétise. Il quitte la villes des roses, traverse les États-Unis et rejoint le News Jersey pour enfiler le maillot des Nets. Avec un sentiment tout particulier envers le club qu'il quitte sans aucun regret. « Je n'ai plus rien à dire à Adelman, je ne compte surtout plus lui adresser la parole. J'espère qu'il en est de même pour lui. 18 mois ont passé, 18 mois de trop. J'aurai préféré encore jouer avec la pire équipe de la NBA. Au moins, j'aurai pu prouver ce dont j'étais capable ».

Clyde Drexler voit s'en aller un grand coéquipier, conscient que ses qualités n'ont pas été exploitées. « Je suis optimiste, Drazen va effectuer une grande carrière NBA à New Jersey. Les joueurs comme lui font tous une grande carrière. Ici, il n'a pas eu de chance, cela se différent avec les Nets. Il montrera qu'il peut jouer dans cette ligue, et je suis sûr qu'il a le talent pour devenir All Star ».


Fear the Net

Janvier 1991. L'hiver de l'Est américain est rude quand l'avion de Drazen Petrovic atterrit à East Rutherford. Mais le croate ne fait guère attention à la température glaciale.
Lorsqu'il enfile pour la première fois son nouveau maillot orné du #3, il sait que c'est sous ces couleurs que débute une nouvelle carrière. Ses premiers mots dans sa nouvelle ville ?
« Enfin. J'ai ce que je voulais. Plus personne ne saura m'arrêter à présent ».
Il ne croyait pas si bien dire.

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La seconde moitié de saison du nouveau #3 des Nets n'eut rien à voir avec la première, réalisée à Portland : en 43 matchs, il tripla la moyenne de points marqués, passant de 4 à plus de 12 unités par match. Une augmentation corrélant avec la hausse du temps de jeu qui lui est offert. Apprécié dans son rôle de sixième homme, il se sent bien dans ce club qui compte offrir un rôle plus important encore au shooteur de 26 ans. Il le sait, le plus beau de son parcours américain est à venir.

Et comme il l'espérait, la saison 1991-92 est celle de l'explosion, ou comment le remplaçant frustré devint l'un des plus grands shooting guards de la ligue. Drazen Petrovic endossa dès le season opener l'habit du titulaire incontestable et incontesté. Il le restera les 81 confrontations suivantes. On le savait « plutôt bon », mais le pays découvre enfin le génie que certaines légendes décrivaient comme le plus grand virtuose européen. Moyennant 20,6 points avec une incroyable adresse de 51%, Drazen confirme avec une répartie bien sportive ce qu'il scandait depuis plus d'un an : il suffit de lui faire confiance pour qu'il vous donne raison.

Durant cette saison, Drazen Petrovic se souviendra notamment de son retour à Portland, pour la première fois sous ses nouvelles couleurs. A l'annonce de son nom par le speaker du Coliseum, le public se lèvera comme un seul homme pour saluer celui qui a passé plus d'une saison .. sur le banc. « Je me sentais très, très gêné », affirma Petrovic. « Ils m'ont applaudi tout le match, j'entendais les fans hurler mon nom et m'acclamer dès que je touchait la balle. Je ne savais pas qu'ils m'aimaient autant. Ils croyaient en moi, eux ».

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Les Etats-Unis tombent amoureux de l'efficace shooteur européen, aussi talentueux que fort mentalement. Car si Petrovic est un pur produit de l'école européenne, il n'en oublie pas de conserver plus que jamais sa réputation de « trash-talker », autre caractéristique de l'ambigu personnage. « Avant de prendre le dessus sportivement parlant, ton adversaire essayera toujours d'abord de te déstabiliser mentalement. Si tu craques, ton adversaire a gagné. Je ne supportais pas ça : au lieu de craquer, je ne faisais que répliquer. Lui faire croire que ses paroles n'ont aucun impact sur moi, alors que les miennes... ». Petrovic se souvient des confrontations avec un professionnel du genre, Reggie Miller. « Tous les joueurs détestent qu'on les cherche, mais s'il existe bien un gars qui hait ça plus que les autres, c'est Miller. On ne dirait pas comme ça, mais c'est vrai, il suffisait de voir ses réponses à mes provocations. Il me trouvait limite anti-sportif. Moi, je sais pourquoi il me considère comme un sale joueur. C'est parce que je marque systématiquement 30 points contre lui ». Des paroles estampillées Petrovic. Mais le culot ne suffisant pas, les Nets de Petrovic, Coleman et Bowie sortiront dès le premier tour des Playoffs, face aux Cavaliers de la belle époque.

L'été 1992 fut certainement l'un des plus beaux de la vie de Drazen Petrovic. A Barcelone, aux Jeux Olympiques, pour la première fois, il n'évolue pas sous les couleurs Yougoslaves mais peut défendre son pays, la Croatie. Pour son tout premier match en NBA, se souvient Aleksandar Petrovic, Drazen était allé chez le speaker et lui a demandé de le qualifier de ''croate'' à la présentation, et non pas de ''yougoslave''. L'émotion est donc grande pour lui qui n'a jamais oublié son pays : enfin, suite à l'indépendance intervenue en juin 1991, il va pouvoir affronter les plus grandes nations mondiales dans l'uniforme croate.

Et les croates ne sont pas là pour faire de la figuration : l'épreuve des poules passées, la sélection croate se hissera jusqu'en finale pour y affronter la plus grande équipe de l'histoire du basket, la Dream Team américaine des Jordan, Bird, Magic, Malone et autre Ewing. Accompagné de Toni Kukoc et de Dino Radja notamment, Drazen Petrovic réalisera une compétition exemplaire, et la médaille d'argent semblait un peu plus dorée que d'ordinaire. La défaite en finale est cinglante, mais le parcours effectué est extraordinaire : l'effectif restera comme le seul à avoir dominé la Dream Team le temps d'une dizaine de minutes, et représentera surtout un symbole immense pour tout une nation fière de « leurs » joueurs, sous « leurs » couleurs, qui auront pour la première fois permis une reconnaissance de la Croatie sur la scène internationale. Petrovic a tout bonnement réussit à exacerber le sentiment national croate.
Ou comment user de son talent dans un domaine bien plus large que le ''simple sport''.
Face à Jordan et ses 22 points en finale, Petrovic terminera meilleur scoreur avec 24 unités et n'hésitera pas à provoquer His Airness lui-même, alors même qu'il sortait des légendaires finales 1992. L'un des seuls duels entre deux des plus grandes légendes du sport moderne ? Pour beaucoup, cela ne fait aucun doute.

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De retour aux Etats-Unis, Petrovic alla au-delà de la simple confirmation, passant un nouveau palier : sa moyenne de points dépassa les 22 points, et sa fantastique adresse de 52% aux tirs et 45% longue distance firent pâlir les pots-de-colle les plus doués de la grande ligue. Arrière le plus adroit de la ligue, les superlatifs fusent. On ose le comparer à Jordan, on le qualifie de meilleur européen ayant jamais joué à la balle orange. Le 24 janvier 1993, face aux Rockets de Houston, Petrovic réalisa la plus belle performance individuelle de sa carrière NBA : au terme d'un festival de shoots longue distance, de feintes et de maitrise, Petrovic enfila 44 points à 75% aux tirs et 100% derrière l'arc. « Je n'aurai pas voulu être à la place de Vernon Maxwell ce soir », affirmera Petrovic au terme du match. Le pauvre défenseur du Texas venait alors de se prendre une petite leçon de basketball. La retenue dans son jeu a disparue, et Drazen n'hésite pas à déclencher son tir plusieurs mètres derrière la ligne. Il est craint par les plus grands. Son coach Chuck Daly l'encense et compte bien en faire la pierre angulaire d'une franchise majeure de NBA.

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Juste avant le médiatique All-Star Week-End, il ne fait plus aucun doute que le croate deviendra le premier européen sélectionné pour le match des étoiles.

Mais le 21 février, aucun Drazen Petrovic à Salt Laje City, où Malone et Stockton se partageront le titre de MVP du match des étoiles. L'européen a tout bonnement été snobé par le microcosme NBA, qui ne sélectionna pas la perle croate. Seul joueur du top 15 des scoreurs à ne pas participer à l'illustre match, Drazen Petrovic se rend compte qu'il reste encore incompris malgré la fulgurante ascension réalisée en moins de 2 années. « S'ils ne me prennent pas pour ce All Star Game, quand est-ce qu'ils le feront ? Je ne sais pas comment prendre cette injustice. Ce qui est sûr, c'est que ma réponse à leur invitation au concours de 3 points est claire. Non merci, je n'ai pas besoin de ça ». Si les médias rattraperont quelque peu le coup en incorporant « Petro » dans la All-NBA Third Team, Drazen ne digère ni le manque de reconnaissance qui lui est accordé, ni une nouvelle élimination au premier tour des Playoffs, face à cette même équipe des Cavs.

Pourtant, les médias le valorisent systématiquement, les fans adorent son enthousiasme et son énergie, et son coach, Chuck Daly (qui le qualifiait de « coéquipier parfait ») admire son dévouement permanent et total à l'entrainement, afin de progresser, encore et toujours. En cette fin de saison 1993, c'est en défense que Drazen comptait tout particulièrement monter en puissance. Alors, pourquoi certaines rumeurs prévoient-elles un retour en Europe ? Pourquoi certains journalistes pointent un Petrovic seul, quelque peu « hors du groupe », frustré et mystérieux ? Car tout l'entourage du croate n'arrive toujours pas à lui faire pleinement confiance. L'assistant coach Paul Silas considère qu'il « dribble trop, shoote trop », qu'il n'est tout simplement « pas un joueur collectif ». Ajoutez un staff des Nets qui tarde à renégocier le contrat de Drazen, et vous obtenez un joueur en plein doute, au sommet de son talent, mais qui pense pourtant à demander un transfert (le coach des Knicks Pat Riley soutient que « Petrovic est exactement le joueur dont nous avons besoin pour gagner le championnat »), voire à faire son come-back sur le vieux continent.

Mais avant toute décision, en ce début de mois de juin 1993, Petrovic doit se rendre en Pologne pour jouer un tournoi de qualification avec son équipe nationale.



Where Tragedy Happens

Petrovic est pourtant loin d'être en pleine possession de ses moyens, au moment de se rendre à Wroclaw, en Pologne. « Ce match est parfaitement représentatif de la personne de Drazen Petrovic, affirme son frère Aleksandar. Il s'est rendu en Pologne mal en point, alors même que la Croatie se serait qualifiée sans souci, même sans sa présence. Mais Drazen n'aurait manqué cela pour rien au monde. Il n'aurait pu supporter d'imaginer les siens en train de jouer, et lui rester aux Etats-Unis ». Souffrant de la cheville gauche depuis la fin de la saison NBA, il entama le tournoi à moitié malade. L'équipe est logée dans des conditions exécrables, mais Petrovic, habitué aux chambres de luxes, américaines, affirme alors non sans ironie : « je survivrai ».

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Le dernier panier de Drazen Petrovic lors de ce tournoi. Le dernier.

A la fin de son dernier match, face à la Slovénie, alors que l'équipe était sur le point de prendre l'avion pour retourner en Croatie, Drazen Petrovic décide de ne pas suivre ses coéquipiers. « Je lui avais donné le billet d'avion avant notre départ », se souvient Mirko Novosel, coach national et ami proche de Drazen, « en lui affirmant que s'il voulait toujours retourner au pays avec nous, il le pouvait. Il m'a regardé en souriant, et m'a dit ''on se voit bientôt à l'entrainement''.
J'espérais toujours qu'il fasse le voyage avec nous, mais 40 minutes plus tard, son frère Aleksandar est venu et m'a affirmé que Drazen était déjà parti vers Zagreb en voiture, comme prévu »
.

Drazen Petrovic entra dans la voiture de la basketteuse allemande Klara Szalantzy, avec laquelle il entretenait d'étroites relations, en milieu d'après-midi. Nous sommes le 7 juin 1993.
Exténué par son match de la veille, Drazen s'endort sur son siège passager. La ceinture de sécurité n'est pas enclenchée. La visibilité est très mauvaise sur cette autoroute de Bavière : les conditions météorologiques sont catastrophiques, et Szalantzy, au volant du véhicule, a toutes les peines du monde à maitriser son véhicule convenablement.
Il est 17h20 quand elle aperçoit ce camion barrant la chaussée.
La collision est inévitable.
Gravement blessée, elle n'apprendra que le lendemain que son passager est mort sur le coup.
Les joueurs croates entendront quant à eux la nouvelle quelques instants après leur arrivée à Zagreb.
Les médias reprennent en boucle la nouvelle, laissant le monde du sport incrédule.
A 28 ans, Drazen Petrovic s'en est allé.

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Les superstitieux n'ont qu'à bien se tenir : la carte d'identité de Drazen Petrovic, émise le 7 juin 1983, devait expirer 10 ans plus tard. Jour pour jour.

9 juin 1993, Phoenix, Arizona.
La tension est bien présente à quelques instants du coup d'envoi des finales NBA entre les Suns de Barkley et les Bulls de Jordan. Mais le public, le temps d'une minute, oublie l'enjeu décisif du match qui s'apprête à se dérouler sous leur yeux.
Sur le grand écran, vient d'apparaitre la photo d'un jeune homme souriant sur fond bleu.
Le speaker prend une voix plus solennelle que d'ordinaire et annonce : « il participait en Pologne à un tournoi de qualification avec son équipe nationale. C'était un véritable pionnier du basketball international. La NBA et ses joueurs tiennent à exprimer leurs plus sincères condoléances à sa famille et ses amis. Veuillez observer un moment de silence en Mémoire de Drazen Petrovic ».
Sous la photo du jeune homme, deux dates.
1964-1993.

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Time for Tribute

La disparition de Drazen Petrovic reste comme l'une des plus grandes tragédies de l'histoire du sport. Sans l'hypocrisie des spécialistes, il aurait très certainement été le premier européen invité au All Star Game. Le sentiment d'injustice n'est que grandissant quand on pense au travail hors-norme effectué par celui qui restera toujours comme le « jeune croate », aux limites qu'il a réussi à dépasser afin d'arriver à ce qu'il était le point de toucher du bout du doigt. Parti trop tôt, au sommet de son art, il aurait pu marquer davantage encore le basketball, et être plus encore qu'un simple virtuose au génie jamais totalement accompli. Mais tout cela n'est plus que du conditionnel.

Dès l'annonce du tragique événement, les hommages fusèrent, tous plus touchants et symboliques les uns que les autres.
« Depuis ses premières années, jamais, mon frère n'a vécu un jour sans passer plusieurs heures sur un terrain de basket. Jamais. Il a voué sa vie entière au basket. C'était sa drogue » - Aleksandar Petrovic.

Quelques jours après sa mort, de nombreux magazines le nommeront meilleur joueur européen de l'histoire (Superbasket, La Gazzetta dello Sport).
« Drazen était l'un des plus grands joueurs de tous les temps. En Croatie, 90% des enfants veulent devenir Drazen Petrovic. Il a inspiré beaucoup de jeunes. En fait, il nous a tous inspiré » - Rasho Nesterovic.

L'année suivant la mort de Drazen Petrovic, le trophée de MVP du McDonald's Championship (compétition qui opposait des clubs européens à des franchises NBA) changea d'appellation, portant symboliquement son nom. Le trophée Drazen Petrovic fut notamment porté par Clyde Drexler et Michael Jordan.
« Drazen et moi étions de proches amis. J'étais l'un des rares à l'avoir accueilli à Portland. Il me parlait souvent de sa famille et de ses amis, en Europe, lorsque nous allions manger ensemble. Son amour pour le basket était sans limite. C'est un homme que je respecte énormément, pour tout le travail qu'il effectuait. Chaque jour, le premier arrivé à la salle et le dernier à en sortir. Pour un basketteur, c'est la plus grande marque de respect » - Clyde Drexler.
« C'était un sacré challenge que de jouer contre Drazen. Les rares fois où nous nous sommes retrouvés face à face, il m'impressionnait de par son attitude agressive, l'absence totale de nervosité, et la facilité avec laquelle il se démarquait des autres joueurs sur un terrain. C'était un beau duel que de s'y confronter, et je suis triste de ne pas avoir eu l'opportunité de le faire plus souvent. Recevoir un trophée à son nom est un véritable honneur. » - Michael Jordan.

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La tombe de Petrovic devint rapidement un véritable sanctuaire pour de nombreux croates ou fans étrangers. La salle du Cibona Zagreb fut renommée « Drazen Basketball Hall » quelques mois après la disparition de celui qui a amené le club au sommet du basket européen.
« Honnêtement... j'ai longtemps eu une très mauvaise opinion des joueurs non-américains. Eh bien il m'a suffit de voir quelques fois Petrovic pour changer ce point de vue à jamais. C'était un homme incroyablement digne de respect » - Willis Reed.

Season opener pour les Nets du New Jersey en octobre 1993. Avant le début du match, Chuck Daly et Derrick Coleman s'approchent du milieu du terrain avec le maillot blanc, orné du #3. Ce soir-là, le numéro de Drazen Petrovic sera retiré.
« Je ne peux pas exprimer par des simples mots ce que Drazen a apporté aux Nets, émotionnellement, physiquement, etc... Je crois simplement que nous nous souviendront tous de son sourire, sa compétitivité, son acharnement au travail, et son shoot. Ce shoot... Nous ne l'oublierons jamais » - Chuck Daly

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Toujours admiré pour cette insatiable faculté à travailler, s'entrainer encore et toujours, Petrovic a quasiment gagné tout ce qu'un joueur de basket est en mesure de rafler.
« Dans toute ma carrière, Drazen Petrovic est et restera le plus grand bosseur que j'ai jamais vu. Pros ou amateurs. Sa vie entière était dédiée à son sport » - Tom Newell, coach assistant des Nets.
« Tous les défauts que j'avais pu relever chez Petrovic, il les avait corrigé en travaillant. Il aurait vraiment pu devenir l'un des plus grands joueurs jamais vu » - Phil Jackson.

Plus que ses coéquipiers ou ses fans, sa disparition a eu un impact planétaire, dont le choc est toujours perceptible. En 1995, une statue de Petrovic est érigée devant le Musée Olympique de Lausanne. Le 9 juillet 2001, quelques minutes après avoir remporté le tournoi de Wimbledon, le tennisman croate Goran Ivanisevic dédicaça sa victoire à « son ami » Petrovic : il ira jusqu'à porter le maillot de Drazen devant les 100 000 personnes venues célébrer sa victoire en Croatie. En 2006, à Zagreb, un véritable musée dédié à Petrovic ouvrit ses portes, conformément au désir des parents de Drazen : la place où il fut construit fut même renommée au nom du basketteur.
« Je suis fier du simple fait d'avoir pu le rencontrer » - David Stern.

Le vendredi 27 septembre 2002, un peu plus de neuf ans après sa disparition, Drazen Petrovic fut intronisé au Hall of Fame en compagnie de Magic Johnson.
« Mon souhait, c'est qu'on se souvienne de Drazen comme un homme qui levaient les bras vers son public à chaque panier important. Aussi anecdotique ce geste soit-il, je veux aussi que vous vous souveniez de Drazen pour son sourire. Le destin l'a fait s'en aller au sommet de son art. Le grand joueur est devenu légende » - Aleksandar Petrovic.

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Adulé, le virtuose croate n'a pu composer l'ensemble des symphonies qu'il était en mesure d'écrire. Sa perte laissa un vide immense, jamais comblé, au sein d'une discipline alors en pleine phase de globalisation. Au-delà du basket-ball, c'est le monde du sport tout entier qui resta sans voix en ce début d'été 1993, à l'image de Juan Antonio Samaranch, président du comité olympique pendant plus de 20 ans, qui connaissait personnellement le magicien de la balle orange : « Je ne sais pas si un jour, un homme a autant aimé, et aimerai autant le basket-ball que Drazen Petrovic ».
A croire que le basket lui manquera autant qu'il manquera au basket
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There was a star that shone real bright,
A star that shone all through the night. 
He was a star that played his best, 
And put his talents to the test. 
He was a leader for the Nets, 
As determined as a person gets. 
He played basketball with a great passion, 
Shooting three’s in his own famous fashion. 
He always got the crowd on their feet, 
To cheer him on for a spectacular defeat. 
He was a great player, there is no doubt, 
He made us cheer, he made us shout. 
He was filled with fierce enthusiasm
and spirit, 
(Boy, he really let those refs hear it!) 
He had an unforgettable personality, 
Paired with a sparkling vitality. 
He entertained us until the end, 
And to his teammates he was a friend. 
We’ll always remember the man with the easy smile
And stylish play. 
This man we called "Petro".
Dernière modification par Gatess le 21 juin 2010, 09:16, modifié 7 fois.
#338770
Merci, très intéressant tout ça. Pour les amateurs ou curieux, beaucoup de ces matchs évoqués sont disponibles sur sportscene.



ps : un petit point quand même, fait gaffe aux termes que tu utilises quand tu désignes les ex régions qui sont depuis devenues des nations indépendantes. Il ne faut pas toujours parler du passé au présent. Par ex, tu dis "mais un géant lituanien nommé Sabonis l'en empêchera" pour les JO de 1988, alors que Sabonis était de nationalité soviétique et jouait pour l'Union Soviétique et non pour la Lituanie, à ce moment là une simple région de l'URSS. De même, je remarque que tu utilises souvent les termes "croate" et "serbe", les clubs et individus à l'époque étaient tous yougoslaves venant de région différentes voilà tout. Bien sûr, il y avait déjà de fortes disparités, mais une certaine unité était toujours là, du moins jusqu'à la mort de Tito au moins. Enfin, dernière remarque (importante !), le Bosna Sarajevo était un club yougo de Bosnie-Herzegovine, donc est aujourd'hui un club bosnien et absolument pas un club bosniaque ("bosniaque" désigne l'individu par sa religion musulmane, soit une simple partie de la population de ce pays dont les ressortissants sont tous appelés bosniens qu'ils soient bosno-croate bosno-serbe ou bosniaque).


Merci encore de t'intéresser à Mozart !
#338774
Encore un très beau papier que tu nous amènes ici, merci à toi et encore une fois c'est du très bon boulot donc continue comme ça :thumbsup:
#338780
Wow. Comme d'hab, super bien foutu, on l'a deja dit t'as une sacree plume, tu nous immerges vraiment dans l'histoire et comme c'est old school ca prend une autre dimension.. Un Mozart du basket oui, un mec qui merite que ce sport soit associé a son nom. Merci et vivement la suite.
#338814
Merci pour ces 4 commentaires encourageants, toujours agréable à lire.

JJ, en plus je me vraiment arrêté sur chacun des termes dès que je citais une nationalité. C'est vrai que du coup c'est anachronique, mais c'est par pur souci de clarté. Maintenant, je conçois tout à fait que tu considères ça comme un défaut du texte.
Pour l'utilisation du terme "bosniaque" je savais pas du tout par contre, du coup merci pour la précision, t'as l'air bien calé sur le sujet.

Et merci pour vos remarques sur le style, j'ai essayé de pas mal bosser dessus sur cette bio.
#338838
Gatess a écrit :Pour l'utilisation du terme "bosniaque" je savais pas du tout par contre, du coup merci pour la précision, t'as l'air bien calé sur le sujet.

Pas trop de mérite là-dessus, je suis originaire de cette partie du pays.

Encore une fois je t'encourage à continuer, c'est vraiment chouette à lire !
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